Olivier Norek : Talven soturit. Otava 2025. 413 pages.

Olivier Norek en Finlande (septembre 2024). Olivier Norek en Finlande. Photo/Source : Otava; Ambassade de France, Helsinki.
Un Français se plonge dans la guerre d’hiver finlandaise
Impressionné par l’histoire de Simo Häyhä, simple soldat finlandais devenu légendaire par son extraordinaire talent de tireur d’élite, le romancier Olivier Norek délaisse les histoires de polars qu’il écrit habituellement et se plonge dans les tourments d’un petit peuple qui se battait contre son géant de voisin durant les trois mois que dura la guerre d’hiver en 1939-40.

Olivier Norek à la conférence de presse de Otava, à Helsinki, le 4 septembre 2025. Photo : Susanna Luoto, membre du Conseil du CFF de Helsinki.
Norek aime les héros. Chacun de ses livres se dresse autour d’un héros. Pour Les Guerriers de l’hiver, il en dépeint plusieurs : Simo Häyhä, qui y tient le premier rôle, mais aussi l’officier Aarne Juutilainen (lieutenant, puis capitaine dans la guerre d’hiver), surnommé la « terreur du Maroc » lors de son passage à la légion étrangère (1930-1935), où il a côtoyé le grand-père d’Olivier Norek, qui a trouvé, dans son grenier, une photo réunissant les deux légionnaires. Sacrée coïncidence ! Juutilainen est un vrai dur, alcoolique notoire, d’un sang-froid hors du commun, un soldat redoutable qui n’a peur de rien. Outre ces deux protagonistes, le petit groupe de soldats de Rautjärvi, village carélien à proximité de la frontière soviétique, offre à Norek un troisième héros, sans oublier le peuple finlandais dont Norek ne cesse de louer le courage.
A travers les épreuves de ce petit groupe de fermiers finlandais du village de Rautjärvi, Les Guerriers de l’hiver retrace les horreurs et les violences de la guerre dans un paysage austère. Pour écrire ce roman, Olivier Norek a entrepris un minutieux travail de recherche, guidé notamment par Louis Clerc, historien et maître de conférences à l’université de Turku en histoire contemporaine, ou l’attaché de presse de l’ambassade de France à Helsinki, Joël Ferrand. Il a fait de nombreux séjours en Finlande, visité les lieux où se sont déroulés les évènements de la guerre d’hiver et passé plusieurs mois dans un froid avoisinant les températures de l’hiver 39-40, d’où, entre autres, la pertinence de son récit.
Impressionné par le sisu finlandais, mot intraduisible qui « n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le sisu est l’âme de la Finlande. Il dit le courage, la force intérieure, la ténacité, la résistance, la détermination… », Norek se met véritablement à l’écoute de « l’âme finlandaise » qu’il accompagne dans les forêts, dans la neige et le froid, jusque dans la tête des soldats finlandais.
« Les quatre soldats avançaient avec peine. Un peu avant 16 heures, la nuit approcha. Dans quelques minutes, si les nuages acceptaient de la laisser briller, ils ne verraient plus que grâce à la lune. Leurs jambes se glaçaient au fil de leur marche, les chairs et la peau anesthésiées par le froid. Ils marchaient sur un cimetière invisible qui ne faisait cas ni des uniformes ni des nationalités, et Onni, superstitieux, se demanda si c’était la hauteur du manteau de neige qui freinait leur progression ou les mains fantômes des cadavres qui agrippaient leurs chevilles.
Toivo, en avant, imposa le silence de son poing levé, et le groupe s’immobilisa Un signe de tête, et Simo vint s’allonger à son côté… »
Impressionné par la différence de taille entre la Finlande et l’Union soviétique, Norek n’hésite pas à suivre les évènements des deux côtés. Basé sur un solide travail de documentation, le récit historique du livre escorte le parcours des soldats finlandais sur les chemins de Kollaa. Il convient de noter toutefois que l’auteur se place du côté des Finlandais, victimes de l’attaque soviétique en novembre 1939. On dirait qu’il se met réellement dans la peau du soldat finlandais en décrivant les sensations de peur, de froid, de solitude et d’horreurs de la guerre.
Dans la version finnoise des Guerriers de l’hiver, Talven soturit, signée par Susanna Tuomi-Giddings, les protagonistes de Rautjärvi parlent le dialecte carélien. Ce choix salué par l’auteur Olivier Norek, notamment lors de sa visite en Finlande, n’a cependant pas plu à Jyrki Nummi, professeur émérite de littérature finlandaise (université de Helsinki), qui en a écrit une critique dans le quotidien Helsingin Sanomat.
Sans doute une question de goût.
A mon avis, l’idée est bonne en théorie mais au cours de la lecture, cet accent carélien fait un peu cavalier seul au milieu d’un style par ailleurs neutre.
D’autre part, je trouve que l’utilisation du mot « ryssä » dans le texte narratif en finnois, lorsqu’il ne s’agit pas de dialogue, a une portée bien plus puissante qu’il n’a en français où il n’a pas cette connotation à la fois péjorative et singulière qu’il possède en Finlande. Encore une question de goût.
Au sein du CFF, nous avons noté dans la version finnoise Talven soturit (section Remerciements) deux fâcheuses erreurs : Joël Ferrand n’est pas l’ambassadeur de France en Finlande mais l’attaché de presse à l’ambassade de France à Helsinki et, en France, il n’existe pas de prix Jean Ginot mais un prix littéraire Jean Giono.
Dommage.
Les Guerriers de l’hiver a vendu 130 000 exemplaires en trois mois après sa sortie en août 2024 et a remporté plusieurs prix littéraires, dont le Prix Renaudot des lycéens 2024. Le livre sera adapté au cinéma par une équipe solide – celle du « Comte de Monte-Cristo », une des productions les plus chères du cinéma français.
Au sein de l’atelier de lecture du Cercle franco-finlandais de Helsinki nous avons lu et discuté des Guerriers de l’hiver en janvier 2025, en français, bien sûr. Nous avons aimé, impressionnées et touchées par ce récit qui s’enfonce si profondément dans l’âme finlandaise en ces temps incertains où la guerre en Ukraine jette une ombre sur notre quotidien et nous rappelle, forcément, notre propre histoire, celle de la terrible guerre d’hiver qui vit encore dans la mémoire de toute famille finlandaise.
Kristina Haataja
Bonne lecture !

Kristina Haataja, écrivaine et traductrice littéraire, membre du conseil du CFF de Helsinki
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Le blog du CFF de Helsinki est rédigé par Sini Sovijärvi.
